New interview for Victorie Magazine (Belgium)

Monday, May 4, 2015

A new interview (in french) with Cate Blanchett about her upcoming movies, career and the partnership with Giorgio Armani.

Cate Blanchett: «Mon moteur, c’est d’abord la curiosité»

En un peu plus de vingt ans de carrière, l’actrice a presque tout joué, au théâtre comme au cinéma. En 2015, elle sera à l’affiche de plusieurs films d’envergure.

Elle est capable de revêtir avec la même aisance les fastueux atours d’une reine, la dégaine d’un chanteur folk contestataire, d’incarner une espionne soviétique dotée de pouvoirs psychiques hors normes, une femme de la haute sans revenus ou une belle-mère perfide de conte de fée. La quarantaine rayonnante, Cate Blanchett continue à aligner des rôles aussi différents que surprenants. Après avoir joué avec jubilation la méchante belle-mère de la pauvre Cendrillon, elle change complètement de registre en s’immergeant dans l’univers onirique de Terrence Malick, avec qui elle vient de tourner deux films coup sur coup. Pour suivre avec « Knight of Cups », présenté cette année à la Berlinale et toujours attendu sur nos écrans, on la verra dans « The Weightless », qui explore deux triangles amoureux au cœur de la scène musicale d’Austin. Elle a également retrouvé Todd Haynes, réalisateur de la biographie puzzle de Bob Dylan pour « Carol », une romance lesbienne tout en retenue située dans les années 50 et adaptée du deuxième roman de Patricia Highsmith. Ces deux derniers films étant pressentis pour Cannes 2015.
C’est sur les planches de la Sydney Theater Company que l’Australienne a entamé sa carrière. Et depuis, le virus ne l’a jamais quittée puisqu’elle se retrouve régulièrement à l’affiche de ce théâtre dont elle assure également la direction avec Andrew Upton, son comédien de mari. Grâce à son nom et à son talent, elle s’offre le plaisir de monter et de jouer dans de grosses productions qui font courir les foules de Sydney à New York. « Un tramway nommé Désir » mis en scène par Liv Ullmann ou « Les Bonnes » de Jean Genet avec Isabelle Huppert, excusez du peu. Cate Blanchett explique qu’elle n’est pas trop adepte de la méthode de l’Actor’s Studio et qu’elle n’a pas besoin d’étaler ses tripes pour que son personnage soit juste, elle préfère une méthode plus en finesse et ce n’est sans doute pas étranger à son expérience théâtrale. Instinctive et perfectionniste, elle peut s’investir avec la même intensité dans un rôle dramatique que dans un rôle plus fantaisiste. Ainsi elle confiait au « New York Times » que pour son interprétation de la persiflante Madame de Trémaine de « Cendrillon », elle la voyait comme quelqu’un qui s’applique très fort à paraître bien plus distinguée qu’elle ne l’est. Et c’est grâce au film de David Lean, « Brève rencontre » (1945) qu’elle a ressenti le déclic pour entrer dans le personnage. Pas dans le premier rôle, mais dans celui de Myrtle, la dame un peu collet monté qui sert le thé au buffet de la gare de Milford. Elle qui dans son enfance adorait enfiler des vêtements masculins s’est accordée sans faux pli à l’élégance de Giorgio Armani dont elle est devenue l’égérie pour le parfum Sì. Et c’est depuis son Australie natale qu’elle a répondu par mail à nos questions.

Vous avez beaucoup tourné ces deux dernières années. Qu’est-ce qui vous motive à accepter un projet ?

Je choisis avec mes tripes, en fonction du timing et du caractère surprenant du film. Sans doute parce que j’adore cette sensation terrifiante de n’avoir aucune idée de par où et comment aborder un rôle. Et puis, il est extrêmement difficile de dire non à ce qui s’annonce comme un dialogue créatif avec des personnalités fascinantes.

Parmi elles figure très certainement Terrence Malick avec qui vous avez tourné coup sur coup deux films. Comment avez-vous vécu ces tournages ?

C’est un réalisateur qui a un univers particulier. L’expérience a été brève et mystérieuse, complètement ancrée dans le moment présent, une vie en suspension, comme il la décrit. Jusqu’au bout, la fin du film reste un mystère et la narration est très allusive. Et ensuite, il faut se faire à l’idée de ne pas avoir la moindre certitude de se retrouver dans le montage final.

Vous serez aussi à l’affiche du « Carol », que Todd Haynes adapte de Patricia Highsmith. Ce sont de belles retrouvailles ?

Oui, j’ai déjà joué dans une adaptation d’un Ripley dont j’ai lu toute la série, tout comme j’ai lu « Carol ». J’ai trouvé le script et l’histoire magnétiques et mystérieux, mais l’élément décisif a été la perspective de pouvoir travailler à nouveau avec Todd (pour qui elle avait tenu le rôle d’un des six Bob Dylan dans « I’m not There », en 2006, NDLR). Je l’adore.

Vous êtes une actrice capable d’une grande diversité de rôles. Est-ce un besoin ou un challenge ?

C’est d’abord la curiosité qui est mon moteur. Sans vouloir paraître new age, j’essaie d’être aussi fidèle et riche que possible dans un personnage, peu importe qu’il s’agisse d’un drame ou d’une comédie.

Vous avez commencé par le théâtre, que vous n’avez jamais abandonné pour le cinéma : qu’y trouvez-vous de particulier ?

Quand j’étais enfant, le théâtre était pour moi un endroit complexe, irrévérencieux et dangereux, à l’égal du cirque. Aujourd’hui, j’y suis toujours irrésistiblement attirée : j’aime vivre cette expérience instantanée et ce lien direct, inventif et magique avec le public.

Que signifie l’expérience pour un acteur, est-ce toujours une bonne chose ?

Ce qui est stimulant dans une performance, c’est qu’on ne sait jamais d’où viendra l’inspiration, ni si elle viendra. La difficulté, une fois qu’on a atteint un certain niveau de succès ou de respect du public, c’est de continuer à risquer l’échec et d’encore chercher à s’aventurer vers l’inconnu.

Comment arrive-t-on à juger son propre travail ?

Je revois rarement mes films, je préfère voir le travail d’autres acteurs ou actrices. Ce n’est pas à moi de juger mon propre travail. De toute façon, je suis une éternelle insatisfaite.

Vous êtes égérie d’un parfum de Giorgio Armani, est-ce une surprise pour vous ?

Adolescente, je rêvais de ses costumes masculins aux coupes raffinées. Lorsque j’ai quitté l’école de théâtre, j’ai investi mon tout premier cachet dans un tailleur Armani. Je l’ai d’ailleurs toujours aujourd’hui et je le porte encore. Et c’est en 2006, lors de ma nomination aux Oscars pour le film « Aviator », que j’ai rencontré Monsieur Armani.

Êtes-vous sensible aux parfums, qu’évoquent-ils pour vous ?

Ils sont chargés de souvenirs : l’odeur de votre mère, de vos amis… Cela appartient au passé, mais un passé qui évolue sans cesse pour se mêler au présent. Le parfum, peut-être plus encore que l’image, possède une grande puissance d’évocation. Il peut faire remonter à la mémoire un souvenir ou une attente, un lieu, un moment précis, une personne qui vous manque ou que vous espérez rencontrer. Il peut être incroyablement personnel et intime. C’est là que vit le désir.

via Le Soir